Championnat Handi : Kévin Napoléon dans la cour des grands


Pour sa première saison en club, le gaucher de Païta, 13 ans, a gagné plus de matches qu’il n’en a perdus, samedi à Boulari au championnat de Calédonie handisport. Face à des adversaires plus âgés que lui, il a pris une prometteuse 5e place. En attendant encore mieux l’année prochaine.

En école de journalisme, les professeurs aiment répéter notamment une chose aux étudiants : « n’ayez pas peur de poser des questions, quitte à paraître bête ». Démonstration samedi matin, à Boulari. A l’interrogation « qui est gaucher dans la famille, pour que Kévin le soit aussi ? », Christophe, le beau-père, et Alexandra, la maman, échangent un regard, un sourire, et répondent : « personne ! Mais en fait, il n’a pas le choix... » La réponse est plus pertinente que la question. « A l’accouchement, c’était un gros bébé, les médecins n’avaient pas prévu de césarienne. Il allait s’étouffer. Dans l’urgence, ils l’ont tiré par le bras. Il a eu un étirement du plexus brachial côté droit », rembobine la maman. « Il est doué dans pas mal de sports » Bientôt quatorze ans plus tard, le collégien n’a pas retrouvé le plein usage de son bras droit, bien qu’il s’en serve pour différentes choses, par exemple caler sa raquette quand il ramasse une balle. « Il a ses techniques à lui », résume le beau-papa. « Il est né comme ça, il s’est adapté », ajoute la maman. Pour tout le reste, il y a le bras gauche, duquel Kévin est clairement... adroit. « Il va mettre le boulon et la rondelle d’une main. Même à vélo, il est bon ! Il est plus agile d’une main que parfois nous avec deux mains », admire Christophe. Avec lui, l’adolescent pratique plusieurs activités, dont « du skate à moteur, du roller... » Compagnon d’Alexandra, une institutrice « très douée en Zumba », Christophe, chef cuisinier au collège de Koutio, est du genre sportif. Il a pratiqué « natation, gym, cyclisme, capoeira, karaté, taekwondo, bodybuilding », avec dans cette dernière discipline deux titres de vice-champion de Calédonie et une participation aux Jeux du Pacifique en 1995 à Tahiti. Il a aussi joué au « ping-pong, en loisir : j’ai toujours adoré ça », dit-il. C’est naturellement qu’il a initié Kévin à ce sport, « sur une grande table, dans la salle à manger », avec un filet démontable. C’était il y a deux ans. À l’époque, le plus âgé dominait le plus jeune. Mais qu’en sera-t-il la prochaine fois ? « Ça fait longtemps qu’on n’a pas joué. Je pense qu’il doit gagner maintenant », pense Christophe. Kévin confirme, dans un sourire timide : « Je pense que je le bats... » Le beau-père le sait, il trouvera face à lui un solide joueur, en nette progression et doté d’une belle gestuelle. « Il est doué dans pas mal de sports », note Christophe. « Il a fait du judo, du tennis, du golf… Il ne s’est jamais mis de barrières. Il a fait de la boxe à Rivière-Salée, aussi. Il est bon, il a de la force dans le bras gauche, ils voulaient le mettre directement en compétition, après seulement quatre séances Mais il a arrêté, il n’aimait pas prendre des coups dans la tête », précise la maman, rassurée que son fils ait remplacé les gants par une raquette... prêtée par le club, en attendant l’achat d’une neuve. « On en a commandé une avec l’entraîneur, on ne sait pas quand elle arrivera », reprend Alexandra. « feinter l’adversaire » Avec sa future nouvelle raquette, nul doute que Kévin délivrera des attaques encore plus rapides que celles qu’il a placées samedi. « Normalement, je suis fort au "claquage" » de balle, « mais je ne sais pas, là je n’ai pas réussi », relatait-il après une défaite en phase de poules face au futur champion, le colosse de Lifou, Thierry Cibone. Battu en quart de finale par ce même Thierry Cibone, Kévin a ensuite fini le championnat en gagnant ses deux matchs de classement pour prendre la 5e place sur 13 joueurs debout, tous bien plus âgés que lui. Prometteur pour ce qui était seulement sa 2e compétition, trois semaines après le tournoi de Païta. Avec deux entraînements par semaine (mardi et jeudi soir), Kévin « a bien progressé », surtout « quand on l’a mis avec Jean-Pierre (Wemama) », observe le président du club, David Burguière, lui-même joueur de para tennis de table, tout comme l’est également Jean-Pierre. Le dirigeant voit deux axes de progression pour l’an prochain : le mental (« il se décourage trop vite quand il perd un point ») et la tactique (« il faut qu’il apprenne à bien placer sa balle, à feinter l’adversaire »). Kévin, lui, estime que son point faible est le revers. « Je n’y arrive pas trop... J’attaque surtout du coup droit. » Quant aux services, « ça va, c’est facile ». Il s’inspire des meilleurs. La veille du championnat (tout comme le jour même), il était stressé alors, comme régulièrement, il a « regardé des vidéos », notamment de « l’Anglais Adam » Bobrow. Une valeur sûre. Kévin, « c’est le futur champion du monde », conclut, en riant, David Burguière, un président heureux d’avoir dans son club ce jeune talent pour lequel, selon le beau-père, le tennis de table est vite devenu « une passion ».


Source : LNC - Edition du 03 décembre 2020. Crédit : A.Fillet

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