A la table, Henri Wo ne « craint personne »


Article des Nouvelles Calédoniennes - Édition du 17 Septembre - Crédit Anthony Fillet

Henri Wo (à droite), qui en plus de jouer entraîne Delphine André (para tennis de table), a réussi à prendre un set (le 2e du match) à Jérémy Dey (à gauche) en 8e de finale de la Coupe d’ouverture, fin juin. Photo A.F.


TENNIS DE TABLE. Les championnats de Calédonie, c’est samedi, à Nouméa. Le gaucher de l’AS Magenta peut-il gagner un 14e titre ? « C’est toujours possible », sourit-il. A 75 ans, il ne part toutefois pas favori.



Henri sera le plus âgé du tournoi, le plus titré mais pas le moins dangereux. Il partira tête de série numéro 7. « Il ne bouge plus beaucoup, mais il a encore un sacré coup de poignet », résume le président de la Ligue et juge-arbitre de la compétition, Patrick Gillmann. De là à gagner un 14e championnat, face à des adversaires ayant un tiers, voire un quart de son âge ? Patrick n’y croit pas. Henri, lui, se veut moins catégorique. « Sans être vantard, quand je joue je ne crains personne... »

De l’autre côté du filet, on le craint, pour son contrôle de la balle et sa science du jeu, plus que pour sa couverture en défense. « C’est comme un boxeur : soit vous êtes styliste, soit vous êtes frappeur. Moi, je suis frappeur. J’attaque beaucoup. Et les jeunes, jusqu’à présent, ils ont du mal... »

Patrick Gillmann confirme : « Les jeunes du CTE (centre territorial d’entraînement), même avec leurs vingt heures par semaine, pendant longtemps ils n’y arrivaient pas face à Henri. Pour eux, le battre, c’est passer une étape. » A 75 ans, Henri est toujours capable du meilleur. Fin juin, en 8e de finale de la Coupe d’ouverture, après être sorti sans problème des poules, il a pris un set (11-5) au numéro 2 calédonien, Jérémy Dey. Qui raconte : « Il a changé de revêtement en revers, il a un picot plus long, ça lui permet de bien contrôler nos attaques, nos rotations. Et ça nous oblige à ralentir notre jeu. Après, lui, avec son coup droit, explosif, sec et rapide, il place bien la balle dans la diagonale. Il trouve toujours un peu les mêmes zones, mais c’est encore un très bon joueur, une référence en Calédonie. » L’intéressé, père de deux filles, sourit encore : « Il y a quelques années, je me souviens, Jérémy je le battais. Il lançait sa raquette dans les tribunes... » Un air de déjà-vu. « De toute ma carrière, j’ai connu deux joueurs qui ont cassé leur raquette tellement ils étaient énervés de jouer contre moi... »

Il y a dix jours, en demi-finale du tournoi de l’AS Magenta, Henri a encore su maintenir le suspense, cette fois contre « un jeune espoir, Adrien Perrot. Il m’a battu 4 sets à 3, 13-11 à la belle. Et encore, je menais 3 sets à 0 », se marre-t-il. Le secret de sa longévité ? « Tous les jours, je fais une heure de taï-chi, c’est de la gymnastique chinoise. Et je suis un passionné de tennis de table ! Sur Internet, je regarde les championnats de Chine, les championnats du monde... Souvent, les jeunes arrêtent à 17-18 ans. Moi, ça fait plus de cinquante ans que je fais de la compétition ! » Et cela pourrait encore durer. « Tant que je suis en bonne santé... »

Henri a vu le jour à Papeete. C’était un 21 avril, « comme la reine d’Angleterre ». Un « père né en Chine, à Canton ». Une « mère, Chinoise aussi, née à Tahiti ». Et une grande famille. « J’ai 2 frères et 5 sœurs... » Tout a commencé à la maison, avec l’un de ses frères, François (qui lui aussi sera médaillé aux Jeux du Pacifique), puis à l’école chinoise. « On jouait avec des raquettes en bois, sur une petite table. C’est bon pour les réflexes ! »

33 coupes en une année

La suite n’est pas moins savoureuse. « La première fois que je suis venu à Nouméa, c’était en 1966, avec Tahiti, pour les Jeux du Pacifique : on a battu la Calédonie, j’ai gagné deux médailles d’or, par équipes et en double mixte... Puis en 1969, je suis venu m’installer ici », retrace Henri, qui a travaillé avec son père dans la production de biscuits, puis dans l’importation. Et qui, en 1987, a fait le coup inverse de 1966, en gagnant l’or par équipes, toujours à Nouméa mais cette fois « avec la Calédonie, devant Tahiti... »

« De 69 à 93, j’étais numéro 1 de Calédonie. A la maison, j’avais plus d’une centaine de coupes ! J’en ai donné, ma femme en avait marre de nettoyer... Il y a une année, en 69 ou 70, à une époque où il y avait des tournois tous les jeudis, j’en ai gagné 33 ! Personne ne m’a pris un set ! On faisait beaucoup de tournois à handicap, sinon je raflais tout... Une fois, j’ai donné 18 points d’avance, sur 21. Et j’ai gagné quand même... Un moment historique ! Il y a vingt ans, aussi, au tournoi des 4 raquettes, j’avais fini 4e. Le vainqueur, c’était un tennisman. Quand il m’a rencontré au tennis de table, je lui ai mis 21-0... Je me rappelle bien le score », s’amuse Henri.

Il n’a pas oublié, non plus, sa rencontre (non officielle) face à l’ex-champion de France Vincent Kurkart. « Il m’a battu deux fois 21-19, mais il disait, entre les sets, qu’il ne comprenait rien à mon jeu... »

Revenu en forme après une pause forcée, de 1993 à 2003, liée à une polyarthrite rhumatoïde qui l’a laissé un temps handicapé, Henri Wo voit le tennis de table du bon côté. « Même quand je perds, je souris... » Henri sourit plus souvent qu’il ne perd.



Solenn Danger et Ronan Aubry partent avec la faveur des pronostics


Les championnats de Calédonie se joueront après-demain à la salle Jean-Noyant. En U9, ils seront 3, dont 2 filles, tous licenciés à Koumac. En U15, ils seront 16, d’abord répartis en 4 poules. En Open dames, on compte 10 inscrites, divisées en 2 poules avant le tableau final. Solenn Danger, tenante du titre et de retour depuis peu à la table, part avec le meilleur classement. Fabianna Faehau, Anaïs Paul, Coralie Bonneau ou encore Véronique Lussiez seront les principales outsiders. Julie Wanegui, qui revient bien cette saison, sera quant à elle absente. Enfin, en Open messieurs, ils seront 35 sur la ligne de départ, avec 8 poules pour commencer, avant un tableau final. En réussite lors des derniers tournois, le jeune Ronan Aubry (17 ans) est favori, devant le champion en titre, Jérémy Dey (32 ans), immense (1,93 m) et lui aussi gaucher. « Ronan, qui est très difficile à jouer, car il fait partie de la nouvelle génération de pongistes, part avec un avantage psychologique, surtout que lors de notre dernière rencontre il a gagné 4-0. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot, j’ai encore des petits tours dans ma manche... » Eliot Bézard, Paulin Giraud, Adrien Cerveaux, Adrien Perrot ou encore Quillann Kortaa postulent eux aussi à la victoire finale.

Savoir +

Début de la compétition U15 à 8 heures, samedi, salle Jean-Noyant, à l’Anse-Vata. Le tableau U19 commencera, lui, à 8 h 50. Fin de ces compétitions à 11 heures. Début de l’Open messieurs à 11 h 15. Celui des dames sera lancé à 12 h 30. Finale dames à 17 heures. Finale hommes annoncée pour 17 h 30.



Repères Un beau palmarès « Je n’ai jamais compté mes titres mais un copain, Alain Cugola », l’a fait pour lui : 13 championnats de Calédonie Open en individuel, plus ceux en double. Henri a aussi été « champion de Tahiti en 66 en ping-pong », après l’avoir été « en 3e série au tennis en 64 ». Médaillé aux Jeux Pas de titre individuel (3e place en 1975 et 1979) pour Henri (qui participait avec Tahiti en 1966, puis avec la Calédonie de 1975 à 1991), mais 14 médailles (dont 2 avec Tahiti) : 4 en or, 7 en argent et 3 en bronze. Des voyages « En 1969, le numéro 2 australien m’a battu de justesse, 21-19. Puis, en 1975, j’ai fait 3 tours aux championnats de France, à Thonon-les-Bains. Avant, en 1973, on avait gagné le championnat de Nouvelle-Zélande par équipes avec la Calédonie... » Un championnat qu’il aurait dû rejouer cette année. « J’avais tout réservé, à Christchurch, mais ça a été annulé. » Mondiaux vétérans « En 1992, à Melbourne, j’ai fait 2 tours. Puis en 2018, c’était à Las Vegas, dans une immense salle climatisée, où il y avait 200 tables : il faut bien regarder le numéro, sinon vous ne retrouvez jamais la vôtre... J’ai fait 5 victoires et 4 défaites. Dans ma catégorie, sur 400 joueurs, je perds en quart de finale du tableau consolante. J’ai vu les 80 ans, même les 90 ans : qu’est-ce qu’ils jouaient bien ! J’aimerais bien refaire des championnats du monde. »

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